Le taux d'occupation des voitures, et où se cache la place vide
Écologie
Le taux d'occupation des voitures, et où se cache la place vide.
Une voiture qui roule consomme presque autant avec une personne à bord qu'avec quatre. La place vide est donc du transport payé en émissions et en argent, dont personne ne tire rien. Reste à savoir où elle se trouve — et la réponse n'est pas celle qu'on croit.
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On imagine spontanément la place vide sur l'autoroute, un jour de départ, dans une voiture qui traverse le pays. C'est l'image que le covoiturage a installée. Les données publiques racontent autre chose : c'est sur le trajet court, celui qu'on fait sans y penser, que la voiture est le plus près d'être vide.
Ce que mesure le taux d'occupation
Le taux d'occupation est le nombre moyen de personnes présentes dans un véhicule qui se déplace, conducteur compris. Un véhicule où voyage le conducteur seul vaut donc une personne : c'est le plancher, et non zéro.
Cette convention explique pourquoi les valeurs paraissent basses sans être choquantes. Il ne s'agit pas d'une note sur vingt, mais d'une moyenne bornée par le bas, dont l'écart au plancher indique la marge disponible. Toute la question est de savoir de combien on dépasse une personne par véhicule.
Cette grandeur importe parce que les émissions d'un déplacement dépendent d'abord du véhicule, et très peu du nombre de personnes à bord. Le raisonnement complet est déplié dans l'impact écologique du covoiturage ; retenons ici qu'une place occupée en plus, c'est un déplacement réparti sur davantage de personnes, sans presque rien coûter de plus.
Ce qu'il vaut en France, selon la distance
Une voiture transporte en moyenne 1,43 personne sur les trajets de moins de 100 km, et 2,25 personnes au-delà. C'est sur le trajet court que la place vide est la règle.
Deux régimes bien distincts, séparés par la distance du déplacement.
L'écart entre les deux valeurs raconte deux usages de la voiture. Le long trajet est souvent un trajet collectif par nature : on part en famille, on rejoint des proches, on se déplace en groupe. Le court trajet est un trajet individuel : on va travailler, on dépose quelqu'un, on fait une course, on rentre.
La conséquence est contre-intuitive. Là où le covoiturage est le plus visible et le plus organisé, la voiture était déjà plutôt remplie. Là où il est presque absent, elle est presque vide.
Pourquoi la place vide est la règle sur le trajet court
Les raisons sont pratiques, et aucune n'a à voir avec la bonne volonté des gens.
L'horaire est contraint des deux côtés : l'heure d'arrivée est imposée, et l'heure de départ dépend de la vie domestique.
Le détour disponible est minuscule : sur un trajet de quelques kilomètres, aller chercher quelqu'un peut allonger le parcours de moitié.
L'imprévu est fréquent : une réunion qui déborde, un enfant à récupérer, une course à faire au retour. Chaque imprévu casse un arrangement.
L'économie par trajet est faible : le gain financier d'un court trajet ne compense pas l'effort d'organisation, alors qu'il le compense largement sur une longue distance.
Le trajet se répète : il faut donc que l'arrangement tienne toutes les semaines, pas une fois.
Ces cinq obstacles ont un point commun : ils portent sur la régularité, pas sur le principe. Personne ne refuse de partager une voiture ; les gens refusent de dépendre d'un arrangement fragile pour arriver au travail. Ce qui manque n'est pas la motivation, c'est la fiabilité.
Le gisement le plus grand est aussi le plus difficile
Additionnons les deux faits : les trajets courts sont les plus nombreux, et ce sont eux où la place vide est la règle. Le potentiel s'y concentre donc doublement. C'est aussi là que la voiture particulière pèse le plus lourd dans les émissions du pays.
Les transports sont le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France : 34 % des émissions nationales. Au sein du secteur, la route pèse 94 % des émissions, et les voitures particulières à elles seules 53 %.
La voiture particulière n'est pas un détail du secteur des transports : elle en est le cœur.
Reste une nuance que les moyennes cachent, et qui change la lecture de tout ce qui précède : les places déjà occupées ne le sont pas par des covoiturages.
59 % des déplacements en voiture se font à plusieurs — mais seuls 3 % des passagers déclarent avoir covoituré, c'est-à-dire voyagé dans le véhicule d'un autre ménage. Voyager accompagné est courant ; voyager avec quelqu'un qu'on ne connaît pas ne l'est pas.
Voyager à plusieurs est courant. Voyager avec quelqu'un d'un autre foyer ne l'est presque jamais.
Autrement dit, l'essentiel des passagers sont des proches. Le covoiturage au sens strict n'a donc pas encore entamé le gisement : il reste presque entier. C'est encourageant sur le papier, et cela signifie surtout que la difficulté est devant, pas derrière.
Sur RenCar
Puisque le détour est le point sensible du trajet court, il est traité comme tel : le nombre de points de ramassage et l'allongement acceptable sont bornés, et ces bornes sont réglables plutôt que gravées.
Et parce qu'un détour non annoncé transforme un trajet court en trajet long sans que personne ne l'ait accepté, la liste est publiée à l'avance.
Le fonctionnement détaillé, et la manière de choisir un point qui ne coûte rien à personne, sont décrits dans points de ramassage et détours.
Ce qu'il faut retenir
La place vide n'est pas là où on la cherche. Elle est dans les trajets du quotidien, courts, répétés, contraints — ceux dont on ne parle jamais quand on parle de covoiturage. C'est le plus grand gisement disponible, et le plus exigeant, parce qu'il ne demande pas un geste mais une habitude qui tienne.
Si vous faites le même déplacement chaque semaine, la chose utile n'est pas d'attendre qu'une offre apparaisse : c'est de publier le premier trajet sur cet axe, et de le republier. Un axe se remplit à partir du moment où quelqu'un s'y déclare.