Pourquoi le covoiturage ne suffit pas, et reste utile quand même
Écologie
Pourquoi le covoiturage ne suffit pas, et reste utile quand même.
Un mécanisme qu'on ne borne pas devient une promesse, et une promesse trop large finit par se retourner contre ce qu'elle défendait. Cet article énumère donc ce que le covoiturage ne fait pas, y compris quand cela nous dessert. Il n'en tire aucune leçon morale : il décrit, et laisse la conclusion à qui lit.
Publié le Environ 5 min de lecture
Il est facile d'écrire qu'une pratique est bonne pour la planète. C'est agréable à lire, cela ne coûte rien, et personne ne demande la démonstration. Le problème apparaît plus tard : quand quelqu'un découvre que la démonstration n'existait pas, il cesse de croire non seulement la phrase, mais tout ce qui l'accompagnait.
Le covoiturage a un effet réel, décrit dans l'impact écologique du covoiturage. Cet article-ci s'occupe uniquement du reste : ce que cet effet ne recouvre pas.
Ce que le covoiturage ne peut pas faire
Le mécanisme du covoiturage se résume à une phrase : il occupe une place qui allait être déplacée vide. Tout ce qui n'entre pas dans cette phrase lui échappe.
Il ne retire pas de voitures du parc. Les véhicules restent produits, achetés, assurés et stationnés, même s'ils roulent mieux remplis.
Il n'améliore pas le véhicule. Un déplacement partagé émet ce que le véhicule émet ; seule la répartition entre les personnes change.
Il ne crée pas d'infrastructure. Il ne fait pas apparaître de ligne de train là où il n'y en a pas, ni de piste cyclable.
Il n'agit pas là où il n'y a rien à partager : un trajet unique, à une heure unique, sur un axe que personne d'autre n'emprunte reste un trajet solitaire.
Il ne remplace pas les modes qui n'émettent rien. Là où la marche, le vélo ou un transport en commun sont praticables, ils sont préférables, et le dire fait partie de l'honnêteté du sujet.
Il faut y ajouter les cas où le covoiturage n'apporte rien du tout, voire dégrade la situation : un conducteur qui part uniquement parce qu'un passager le lui demande ajoute un déplacement, et un détour trop long consomme une partie de ce qui a été évité.
Le guide complet
Ce que le covoiturage change vraiment aux émissions, et ce qu'il ne change pas — avec les chiffres publics, et sans les autres.
Un gain d'efficacité peut être absorbé par une hausse de l'usage. C'est un mécanisme général, observé dans beaucoup de domaines, et il n'y a aucune raison de supposer que le covoiturage y échappe.
Concrètement : partager les frais rend un trajet moins cher pour chacun. Un trajet moins cher est un trajet qu'on hésite moins à faire. Quelqu'un qui renonçait à rentrer chez lui certains week-ends peut se mettre à y aller plus souvent ; quelqu'un qui hésitait à habiter loin de son travail peut accepter une distance plus grande parce que la voiture partagée la rend supportable.
Aucun de ces comportements n'est illégitime. Ce sont même de bonnes nouvelles pour les personnes concernées : voir sa famille plus souvent, accéder à un logement moins cher. Mais du point de vue des émissions, ils reprennent une partie de ce que le partage avait évité.
Le covoiturage déclaré reste marginal
La limite la plus concrète n'est ni théorique ni comportementale : c'est simplement que la pratique est rare.
59 % des déplacements en voiture se font à plusieurs — mais seuls 3 % des passagers déclarent avoir covoituré, c'est-à-dire voyagé dans le véhicule d'un autre ménage. Voyager accompagné est courant ; voyager avec quelqu'un qu'on ne connaît pas ne l'est pas.
L'écart entre les deux valeurs est le sujet : les places occupées le sont par des proches, presque jamais par un covoiturage.
Ce constat a deux lectures, et les deux sont vraies. La première est décourageante : ce qu'on présente comme une solution installée ne l'est pas. La seconde est l'inverse : le gisement est presque intact, donc rien n'a encore été consommé de ce qu'il y avait à prendre.
Une voiture transporte en moyenne 1,43 personne sur les trajets de moins de 100 km, et 2,25 personnes au-delà. C'est sur le trajet court que la place vide est la règle.
La marge disponible est surtout sur les trajets courts, qui sont aussi les plus nombreux et les plus difficiles à partager.
Pourquoi ces trajets résistent, et ce qu'il faudrait pour qu'ils cessent de résister, est détaillé dans le taux d'occupation des voitures.
Pourquoi il reste utile malgré tout
Rien de ce qui précède n'annule l'intérêt de la pratique, pour une raison simple : la voiture est là. Elle représente une part majeure des émissions du pays, et elle ne va pas disparaître au rythme où l'on aimerait.
Les transports sont le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France : 34 % des émissions nationales. Au sein du secteur, la route pèse 94 % des émissions, et les voitures particulières à elles seules 53 %.
Agir sur la voiture particulière, même modestement, porte sur un poste qui compte réellement.
Le covoiturage a par ailleurs des qualités que les évaluations d'émissions ne capturent pas. Il ne demande aucun investissement : ni véhicule à acheter, ni infrastructure à construire, ni délai. Il fonctionne là où les transports en commun n'existent pas, ce qui en fait souvent la seule alternative disponible — le sujet de covoiturage en zone rurale. Il réduit une dépense réelle pour des gens pour qui elle pèse. Et il produit accessoirement des places de stationnement libérées et des voitures en moins aux heures de pointe.
Ce sont des effets modestes, immédiats, et cumulables avec tout le reste. Le covoiturage n'est pas une solution : c'est une des choses qu'on peut faire pendant que les autres se construisent.
Sur RenCar
Nous n'affichons pas de compteur d'émissions évitées, et cet article explique pourquoi nous ne pourrions pas le calculer honnêtement. La même règle s'applique ailleurs dans le produit : quand une valeur n'est pas mesurée, l'écran le dit au lieu de faire comme si.
Et parce qu'une plateforme qui prend une part du prix a intérêt à ce qu'il y ait plus de trajets et plus chers, il vaut la peine de dire d'où vient notre intérêt.
Ce qu'il faut retenir
Le covoiturage ne retire pas de voitures du parc, ne remplace pas les modes qui n'émettent rien, peut voir une part de son gain repris par un usage accru, et reste aujourd'hui une pratique rare. Il agit néanmoins sur le poste d'émissions le plus lourd du pays, sans rien exiger de personne, et il est disponible tout de suite.
La conclusion utile n'est pas une consigne. C'est un constat : si un trajet que vous faites déjà peut être partagé, il n'y a aucune raison de le faire seul. Vous pouvez le publier et voir si quelqu'un le fait aussi.